Newsletter #7, sur les berges kényanes du Lac Victoria

Nous sommes depuis plus d’un mois au Kenya et publions notre première newsletter dans ce pays anglophone d’Afrique de l’Est. Davantage réputé pour ses safaris que pour son agriculture le pays est pourtant en tête des exportations mondiales de thé et de fleurs, et c’est l’un des premiers exportateurs de légumes, comme les haricots verts que l’on retrouve en Europe.

Après avoir exploré l’écosystème entrepreneurial de Nairobi et avoir assisté à la 4ème Assemblée Générale de l’ONU pour l’Environnement, nous quittons la capitale pour gagner l’Ouest du pays. C’est là que nous avons rencontré Newton Owino, entrepreneur que nous retrouverons dans sa ville natale et qui nous présentera certains membres du gouvernement régional du comté de Kisumu.

Entre Nairobi et Kisumu, nous passons à proximité du lac de Naivasha, entouré d’exploitations florales. Nous traversons la Grande Vallée du Rift et ses cheminées naturelles marquant la présence de géothermie. Se dévoile ensuite de nouveaux paysages : d’immenses plantations commerciales de thé, puis de canne à sucre à l’orée de la région Ouest. *

Carte deu Kenya, mise en avant de l’itinéraire Nairobi-Kisumu


C’est donc depuis la troisième ville du pays, Kisumu, que nous visitons le lac Victoria – deuxième plus large lac naturel au monde. La majeure partie du lac est répartie entre l’Ouganda et la Tanzanie mais une baie peu profonde s’étend dans la région Ouest du Kenya. Cette baie, riche d’île, de plages et où les poissons viennent se nourrir en eaux peu profondes, est une pierre angulaire économique et sociale pour la région.

Un lac menacé par des pollutions

De nombreuses rivières ougandaises, tanzanienne et kenyannes trouvent leur embouchure dans le lac. Les intrants chimiques utilisés dans les exploitations, les produits de lavage, les détritus qui s’amoncellent sur les berges des rivières sont autant de pollutions qui ruissellent jusqu’au lac. En particulier, les particules phosphorées et azotées tendent à saturer le lac en nutriments et à favoriser la croissance d’une plante indésirable, la jacinthe d’eau. Cette dernière croît depuis les berges et encombre l’accès aux plages et au lac pour les pêcheurs qui passent désormais plus de la moitié de leur temps à se frayer un passage.

Ceci bouleverse l’écosystème benthique du lac. Les redbreast tilapia, ou tilapia du Nil, sont les poissons les plus appréciés au Kenya. Jadis prédominants dans le lac, ils ne représentent aujourd’hui plus que 4% des captures, face aux petits poissons Onema et aux larges Perches du Nil. L’essentiel des Tilapia consommés sont importés depuis la Chine.


Berges du lac Victoria depuis la plage de Dunga, un bateau est bloqué par les jacinthes


Pour diversifier l’économie de la région, lutter contre le changement climatique et la malnutrition, Rose Oyoo, fondatrice de la Green Future Society, propose de reboiser de nombreux espaces avec des arbres adaptés aux conditions climatiques : résistants à la sécheresse, fixateurs d’azote, racines profondes évitant l’érosion,… Des projets comme les “motivational tree” pour les élèves d’une école de sa communauté sont autant d’actions sensibilisatrices engageant les générations futures dans la protection de leur environnement !

Nous en avons profité pour planter trois manguiers de trois variétés différentes (Sabine pour Marie, Apple pour Noémie et Ngowe pour Anna). A dans 3 ans pour en récolter les fruits !

Après l’effort, le réconfort ! Dégustation de porridge traditionnel avec Rose Oyoo (à gauche).

De l’indésirable à la ressource : nous vous présentons les ingénieurs du lac !

Outre la centaine de membres de la Green Future Society, nous avons fait la connaissance de plusieurs acteurs qui œuvrent pour dynamiser l’économie durable autour du lac. Leur point commun : saisir les opportunités dans les contraintes environnementales, principe fondamental du Jugaad ou de la frugalité.

Peaux de poissons séchant dans un village de Kisumu.

Alisam, de la maroquinerie en cuir de poisson

Les perches du Nil sont désormais un des principaux poissons pêchés dans le lac. Malgré leur taille imposante, c’est près de 70% de leur masse qui est rejetée après que les filets aient été levés par les entreprises locales. La tête, les tripes, les arrêtes et surtout la peau sont déposés autour des usines et des habitations, causant de nombreuses nuisances (odeurs, invasion de charognards…).

En impliquant plus de 400 femmes, jeunes et handicapés sans emploi de la région, Newton Owino récolte ces déchets et notamment les peaux et les os pour concevoir de la maroquinerie. Les écailles sont même récupérées pour produire des ustensiles de cuisine !  

A l’aspect, les produits qu’il conçoit concurrencent aisément les cuirs exotiques de reptiles responsables d’un braconnage conséquent au Kenya. De plus, son tannage artisanal (assouplissement et stabilisation du cuir) n’est pas réalisé avec du chrome toxique comme dans les tanneries conventionnelles mais avec des extraits de fruits d’agriculteurs qu’il emploie. Finalement, des pigments naturels teintent ses chaussures, porte-monnaies, vestes…

Les équipes d’Harveez, d’Alisam et de l’ONG américaine Elephant Cooperation en visite dans les ateliers de Newoton Owino.

Le département innovation du KMFRI

Le Kenya Marine and Fisheries Research Institute, qui dispose d’une antenne à Kisumu, suit l’évolutions des paramètres physico-chimiques du lac et propose des solutions pour les communautés qui dépendent de son écosystème.

Comme chez Alisam, émane de l’Institut la volonté de lutter contre les pollutions en faisant des déchets une ressource. Dennis, stagiaire au KMFRI, nous présente les produits qu’il a récemment conçu à partir de résidus de poissons. Parmi eux, de l’hydroxyde d’apatite extrait des écailles de poisson susceptible d’être utilisé dans des dentifrices ou encore une poudre riche en kératine et en calcium permettant d’aider à la cicatrisation des plaies superficielles de la peau.
Le projet le plus valorisable aujourd’hui serait l’huile de poisson, excellent complément alimentaire boostant le système immunitaire et à partir de laquelle des savons sont également produits.

Quant à la problématique des jacinthes des eaux, le KMFRI y répond en proposant des objets tressés à partir de ses fibres après les avoir extraites du lac.

Produits innovants développés par Dennis, stagiaire au KMFRI.

Nous avons découvert bien d’autres projets qui mériteraient d’être abordés dans cette newsletter mais préférons garder des surprises pour la suite ! Nous vous quittons néanmoins avec notre livre du mois et vous disons à très bientôt pour une prochaine newsletter kenyane.

La vidéo du mois

Avez-vous vu notre vidéo sur nos projets coup de coeur de l’ONU ? Si oui, vous avez dû reconnaître Alisam que nous évoquons également dans cette newsletter. Sinon, session de rattrapage juste ici !

Le livre du mois

Si Harveez avait réalisé une série de projets 60 ans plus tôt, ses observations auraient peut-être ressemblé à celles que le journaliste polonais Ryszard Kapuscinski à compilé dans cet ouvrage. Ebène, aventures africaines est écrit au terme de 43 ans d’investigations en Afrique, à l’aube des indépendances puis au cours des différentes révolutions politiques et économiques du continent. De son arrivée au Ghana à ses traversées des steppes massaï, puis en l’Afrique Centrale, l’auteur témoigne de sa vision objective d’une Afrique qui se relève à peine de plusieurs siècles d’esclavage et de colonisation. Une histoire, des rencontres et des paysages qui ont beaucoup évolué depuis mais qui demeurent passionnants à découvrir lorsque l’on traverse les mêmes régions 60 ans plus tard. Le livre fut traduit en 2000 et publié aux éditions Pocket.

Toute l’équipe d’Harveez remercie Newton et les membres du gouvernement du comté de Kisumu pour leur accueil, ainsi que Rose et sa communauté de Green Future Society pour ces moments partagés !

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