Les secrets du bananier

Comment ces bananes légèrement mûres et prêtes à être dégustées se retrouvent sur les étals ? Nos visites des bananeraies du Sud-Est du Ghana nous ont réservé bien des surprises que nous nous devions de partager avec vous, après vous avoir livré les secrets des dattes marocaines.

La banane est cueillie sur le bananier qui… n’est pas un arbre ! Il s’agit d’une “herbe géante”. Ce que nous prenons pour un tronc est en réalité une tige, un ensemble creux formé par la base de chacune de ses immenses feuilles. Un tronc est en effet constitué d’un ensemble de vaisseaux conducteurs de sèves lignifiés, qui en vieillissant produit une écorce. C’est loin d’être le cas du bananier qui, deuxième surprise, ne produit qu’un seul régime de bananes tout au long de sa vie !

Louise Ecochard, VIE au sein de la société Golden Exotics Limited (La Compagnie Fruitière) nous emmène en visite au coeur d’une bananeraie de plus de 1 500 hectares, dont une grande partie est aujourd’hui cultivée en agriculture biologique.

Une petite histoire de la banane…

Originaire d’Asie du Sud-Est, le bananier est une plante tropicale qui a depuis 7 000 ans traversé le globe. On le retrouve sur tous les continents, avec pas moins de 1 000 variétés. Le Ghana est aujourd’hui le troisième pays africain producteur de bananes, derrière son voisin ivoirien et le Cameroun. L’Union Européenne est quand à elle la première consommatrice. 

Le fruit tire son nom de l’arabe, “Banan”, qui signifie le doigt. Dans le jargon des producteurs, on parle d’une “main” pour désigner un ensemble de bananes unies et au même niveau sur un régime.

Chaque plant ne produit qu’un seul régime. En revanche, de nouvelles souches sortent de terre à sa base, permettant de renouveler la récolte l’année suivante. Le plant “mère” dispose en effet d’une base bulbaire capable de générer des rejets par “reproduction végétative” (par opposition à la reproduction via les organes reproducteurs des fleurs : les fruits sont pour la plupart devenus stériles après domestication et sélection variétale). Un genre de clonage naturel !

Dans les fermes artisanales, ces rejets sont souvent transplantés à distance du plant mère. Mais à La Compagnie Fruitière seul un rejet est sélectionné, selon sa position et sa profondeur (il doit être bien ancré, mais pas trop afin de ne pas faire tomber le plant mère avant que ses fruits ne puissent être récoltés). La 3ème génération de rejet est souvent la meilleure. Une fois le pied-mère récolté, le rejet entrera à son tour en floraison, et ainsi de suite.

Il faut en général un peu plus d’un an pour produire deux régimes successifs. Selon les conditions de sol et la présence ou non de parasites, une parcelle peut rester productive dix à vingt ans après sa plantation. Quand les rendements diminuent, les bananiers sont arrachés et la parcelle vieillissante est mise en jachère, afin d’assainir et de retravailler le sol avant la prochaine plantation. Une nouvelle parcelle s’organise en “planches de cultures”, où s’intercalent des bananiers plantés à partir de vitroplants. Ces plants sont issus de la multiplication in vitro de tissus végétatifs. Ceci garantit un plant sans parasites racinaires qui peuvent se propager et générer des plants non sains si la parcelle est plantée à partir de rejets d’autres parcelles.

De la floraison à la récolte

Une bananeraie n’est pas une monoculture comme les autres. Chaque bananier entre en phase de floraison et de fructification à son rythme ! Ce qui rend parfois difficile la gestion de l’exploitation, même à l’échelle de la parcelle qui n’est jamais homogène. Il n’existe pas de “saison de la banane” : du fait de cette désynchronisation, chaque parcelle est récoltée deux fois par semaine, tout au long de l’année. Pour récolter chaque régime au bon moment (encore vert, prêt à murir au moment d’arriver à destination : Sahel, Afrique du Nord, Europe…), il faut être observateur et détecter certains signaux. Notamment la floraison, le plus tôt possible : les bananes doivent être récoltée 11 à 12 semaines après celle-ci dans les conditions climatiques du Ghana. Afin d’identifier le moment de la floraison de chaque bananier sur des centaines d’hectares, La Compagnie Fruitière développe des méthodes parfois frugales et relevant des AgTech (de l’identification des plants par des rubans correspondant aux jours, à l’instauration d’un code barre pour suivre le régime).

Nous évoquions plus tôt l’existence de parcelles cultivées selon les normes de l’agriculture biologique européenne. Pas d’intrants chimiques : ni glyphosate, ni engrais de synthèse, ni fongicide contre la cercosporiose qui attaque les plants. Pour entretenir les planches de cultures sans user du désherbage chimique, la compagnie axe ses recherches sur les plantes de couverture. Il est en effet possible de faire pousser des plantes de strates herbacées sous le bananier dont la tige fait en moyenne 2 à 3 mètres de hauteur.

Champ de bananiers Ghana Exotic Ltd et plantes de couverture.

Le projet des plantes de couverture est encore en phase d’étude, en partenariat avec le CIRAD : il faut trouver une plante résistante à l’ombrage, qui n’entre pas trop en compétition avec le bananier pour l’eau et les nutriments, de préférence non grimpante, et dont les feuilles couvrent suffisamment le sol pour éviter l’invasion d’autres plantes indésirables. Les légumineuses sont pour l’instant privilégiées. En plus du contrôle des adventices, on en espère un enrichissement en matière organique du sol, voire même un apport d’azote par fixation atmosphérique. Elles pourraient même fleurir et devenir productives – nous nous demandons même s’il serait possible de faire pousser du niébé sous les bananiers pour nourrir les employés ? Le projet a d’ailleurs été testé en Côte d’Ivoire sans résultat concluant (le niébé n’est pas la meilleur plante de couverture pour pratiquer des travaux de l’envergure de ceux de GEL).

Du régime à la banane… sans gaspillage !

Après la récolte, les régimes sont pesés, calibrés, triés, lavés. Les bananes hors calibre mais non abîmées seront vendues sans marque “premium”, celles trop abîmées sont  compostées pour fertiliser les parcelles bio. Les “mains” de bananes qui ne présentent pas de défauts majeurs sont découpées en lots (de 3 à 10 bananes environ), puis packagées pour être livrées, notamment jusqu’à Rungis par bateau. Dans les différents points d’arrivées des palettes de bananes, se trouvent des mûrisseries qui permettent de préparer les bananes à la vente.

Et voilà, vous savez désormais – presque – tout du cycle de vie d’une banane ! Plus qu’à décider comment elle sera consommée – en salade de fruit, en glace, en pancake ? Pour ne pas jeter vos bananes un peu trop mûres, n’hésitez pas à les faire flamber avec un peu de sucre et de rhum. Finalement, avec une peau de banane, il paraît que l’on peut même produire un sac à main…

Affaire à suivre dans une prochaine newsletter !

Des bidons d’engrais ingénieusement utilisés en poubelles le long des plantations.

Un grand merci à Louise et à l’ensemble de l’équipe GEL pour leur accueil, leurs explications passionnantes sur les parcelles de La Compagnie Fruitière au Ghana et leurs corrections.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *