Newsletter #5, Harveez au Ghana

En bref, dans cette newsletter :
– une description des climats et agricultures ghanéennes
– la re-découverte d’une céréale ancestrale et locale
– plongée dans le secteurs des AgTech prometteuses
– une innovation de la semaine très Jugaad : un vélo en bambou !

Harveez au Ghana, entre forêt de papayers et AgTech

Akwaaba ! A l’occasion de notre étude terrain au Maroc, achevée fin novembre, nous vous avions enseigné quelques mots et proverbes en arabe marocain. Le derija laisse à présent place au twi, un des plus populaires des 80 dialectes parlés au Ghana : “Akwaaba” signifie “Bienvenue”. 


Nous avons atterri à Accra, la capitale de ce pays anglophone d’Afrique de l’Ouest. Bordé par le Golfe de Guinée au Sud, ce pays de 28 millions d’habitant est l’un des plus dynamique de la région. Sa stabilité politique et économique en font un environnement privilégié pour l’investissement et l’innovation.
En ayant lu nos précédentes newsletter, vous avez certainement cerné nos objectifs : vous offrir une vision terrain de la situation agricole et entrepreneuriale du pays, et vous faire découvrir des innovations en lien avec la production et consommation d’énergie et de produits alimentaires durables. 

La diversité des paysages et des agricultures ghanéennes découle tout d’abord de l’hétérogénéité météorologique (les précipitations) et pédologique (la qualité des sols) entre le Nord et le Sud. Les savanes sahéliennes des régions de Northern et Upper East – frontalières notamment du Burkina Faso – contrastent avec les collines verdoyantes du Sud côtier beaucoup plus arrosé où nous séjournons pour la première partie du voyage. Nous sommes à Pokuase, en banlieue nord d’Accra, la capitale et symbole du dynamisme du pays. On retrouve sur tous les grands axes routiers un trafic complètement surchargé : comptez 2h pour vous rendre à un rendez-vous !

La vue depuis notre lieu de résidence, la “Holy Hill” : des centaines de toitures colorées bordées de pieds de bananes plantains se déploient le long des collines.

Les trotros sont des minibus qui permettent d’atteindre tout coin de la ville pour quelques cedis ghanéens (1€ = 5,75 GHC). C’est ainsi que nous explorons les faubourgs agricoles de la capitale. Nous découvrons en premier lieu la forêt de Dodowa, district au Nord-Est d’Accra, où poussent bananes et plantains (saurez vous faire la différence ?), ananas, papayes et mangues, ou encore maïs et okra (ces petits légumes semblables à des courgettes cuisinés dans les fameux ragoûts…).

Dans sa ferme de papayers, manguiers, orangers… notre ami Agingo nous explique qu’il souhaite remplacer les palmiers à huile par des cacaoyiers. Il abat alors les palmiers, les couche inclinés afin de recueillir la précieuse sève qui, une fois distillée, servira à produire le fameux vin de palme. Et à propos de cacao, aviez-vous lu l’an dernier l’article d’Harveez sur le cacao en Côte d’Ivoire ?

Remettre au goût du jour des céréales ancestrales adaptées aux sols pauvres et aux climats arides

Telles sont les principales cultures du Sud du pays. Le Nord est plus sec, les sols y sont plus arides et caillouteux : il y poussent certaines céréales adaptées au climat comme le sorgho ou le fonio. Ce dernier est cultivé, récolté puis distribué au Ghana et à l’international par Unique Quality Product qui s’attache à promouvoir cette céréale sahélienne cultivée depuis des milliers d’années et souvent oubliée. Il se murmure que cette culture sans gluten est susceptible de détrôner le quinoa… espérons que les sols et les cultivateurs de fonio ne pâtissent néanmoins pas du “syndrome quinoa”. Si cette culture vient à s’intensifier pour l’export, elle risque d’appauvrir grandement les ressources des régions de cultures traditionnelles.

Des « AgTech » en plein boom !

Au Maroc, la plupart des “innovations de la semaine” ou “innovation du mois” que nous vous avons présenté dans nos newsletters étaient centrées sur des projets de revalorisation de déchets, de pratiques agricoles alternatives… Au Ghana des innovations similaires sont bien présentes, en témoigne le succès de l’entreprise Zaacoal, qui récupère des déchets de noix de coco auprès des vendeurs ambulants d’Accra et le long des plages pour en faire du charbon de bois.  Cependant, un nouveau type d’entreprises et de services agricoles se distingue : les “AgTech”. Ces technologies visent à réformer le secteur agricole via de nouveaux outils tech et numériques, facilitant par exemple l’accès aux capitaux, au marché et aux informations pour les agriculteurs, ou encore en les équipant d’objets d’agriculture de précision (capteurs, drones, tracteurs automatisés…).


Qualitrace a équipé avec des codes d’identification des sachets d’intrants certifiés véritables (fertilisants, semences), pour lutter contre les contrefaçons de ces produits très présents dans le pays.
En parallèle, l’entreprise développe une application pour les consommateurs, un étiquetage par QR Code des denrées fermières permettant aux acheteurs de tracer les produits grâce à leur smartphone depuis les rayons du supermarché.


Néanmoins le secteur de l’AgTech se heurte parfois à la lente évolution des réglementations et à l’inertie des moeurs. Farmable, une entreprise sociale créée en 2014 par Kamal Issofa, a particulièrement enthousiasmée notre équipe. Cette plateforme de financement collaboratif dédiée aux éleveurs ghanéen fait penser Bluebees ou MiiMOSA, premières plateformes de “crowdfarming” en France. Via Farmable, n’importe qui dans le monde peut créer sa vache virtuelle, lui attribuer un nom, un déguisement, et “investir” quelques dollars dans cette vache, permettant à un éleveur ghanéen d’avoir accès à une véritable vache. Lors de la vente sur le marché du bétail, les contributeurs se partageront 10% du revenu. 
Cette plateforme à cheval entre le financement participatif et l’actionnariat a cependant dû être interrompue car aucune législation ne garantit son statut pour le moment. Kamal Issofa s’est donc depuis 2 ans lancé dans la création de TroTro Tractor, facilitant la location de tracteurs entre propriétaires et agriculteurs ne pouvant investir. 


Noémie et Anna aux côtés de Kamal Issofa, fondateur de Farmable et de TroTro Tractor

Il ne s’agit pas d’une technologie agricole cette fois-ci, mais bien de la valorisation d’une plante très prolifique des forêts humides du Sud du pays : Bamboo Bikes conçoit des vélos à partir de branches de bambou et les distribue dans des districts défavorisés. De la mobilité verte jugaad 100% locale et écolo !

(crédit : Ghana Bamboo Bike)

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