Korhogo et la région des Savanes : le challenge de l’autonomie alimentaire

Un voyage au Nord de la Côte d’Ivoire , dans la région des savanes englobant le Poro et le Tchologo,  est l’occasion d’un dépaysement profond sans quitter le pays. Bien que les deux moitiés Nord et Sud du pays aient été pacifiées et réunifiées ces dernières années, la fracture climatique, économique et sociale n’est pas totalement résorbée. C’est donc une région encore isolée qui s’organise aujourd’hui pour construire son autonomie et sa vision du futur, et cette affirmation dépend en grande partie de l’agriculture.

LA DUALITÉ NORD-SUD EN CÔTE D'IVOIRE

Les territoires au Sud de Yamoussoukro bénéficient d’un climat équatorial humide et sont propices à de nombreuses cultures dont celles, très rentables, du cacao, de l’hévéa et du café. Les principales cultures vivrières y sont le manioc et la banane plantain, ainsi que divers fruits et légumes.

Au nord en revanche, le climat aride de la région des Savanes est propice au mil, au maïs, au sorgho et au riz pluvial lors de la saison humide. L’élevage bovin orienté viande y est traditionnel : les couloirs de transhumance originaires du Burkina Faso ou de Mali traversent la région. Les cultures de rente destinées à l’export y sont principalement le coton, la mangue et l’anacarde (ou noix de cajou).

Cette dualité a fortement participé au développement très inégal des deux moitiés du pays. Tandis que la partie Sud-Ouest prospérait notamment grâce à l’essor de la production de cacao et se dotait de ports internationaux, le Nord ne s’est pas enrichi à la même allure malgré l’export du coton. Mais aujourd’hui le Nord s’affirme et se modernise, ce qui se traduit en pratique par des initiatives publiques ou privées, associatives ou entrepreneuriales.

L'IMPORTANCE DU SYSTÈME ÉDUCATIF

En premier lieu, la création de l’Université Péléforo Gbon Coulibaly en 2012. Depuis 1996 jusqu’à cette date, seule une UFR (Unité de Formation et de Recherche) dépendant de l’Université de Bouaké (située au milieu du pays) existait à Korhogo, pourtant chef-lieu de la région du Poro. Depuis, l’établissement a acquis le statut d’Université indépendante, dotée de 4 UFR distinctes et accueillant plusieurs milliers d’étudiants chaque année, ce qui évite le départ des jeunes universitaires au Sud du pays. S’y ajoute une département agropastoral qui forme et soutient les acteurs de l’élevage dans la région - un domaine crucial pour l’économie de cette partie du pays.

LE DÉFI DE L'APPROVISIONNEMENT LOCAL

L’indépendance doit aussi être alimentaire, ce qui constitue un véritable défi. Suite aux différentes crises des années 2000, le Nord s’est retrouvé partiellement coupé des routes du commerce abidjanais. Le résultat a été une situation de malnutrition - spécialement infantile - et de difficulté d’accès à plusieurs produits de base auparavant expédiés depuis Abidjan. Des initiatives telles que celles de Dramane Ouattara ont été créées pour contrer ce phénomène : cet entrepreneur originaire de Korhogo a monté avec son frère et un ami une ONG en 2010 permettant la production locale de farines infantiles. En n’utilisant que des composants locaux (arachide, maïs, poisson séché)  et en assurant la distribution dans les villages, il tente au quotidien de combler le vide laissé par les fonctionnaires du système de santé après la crise.

VALORISER LOCALEMENT ET DURABLEMENT

La modernisation du Nord passe aussi par l’émergence d’une industrie de transformation : mangue, anacarde, karité, coton ou riz sont valorisés sur place, avec une échelle allant de la transformation traditionnelle presque sans infrastructures à une usine de trituration flambant neuve. Les petites structures comme la Coopérative des femmes de Chigata qui fabrique du beurre de karité, ou la coopérative de mangues qui les sèche pour les exporter plus facilement, bénéficient parfois du soutien d’ONGs comme ONU Femmes, ou de programmes symboliques du gros syndicat agricole du pays, le FIRCA (Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricole).  Le soutien se traduit en général par des aides en nature : construction de locaux en dur, don de four de séchage, formations.

 

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