Comprendre les enjeux alimentaires de demain

Le 30 mai dernier, le directeur général de la FAO, M. José Graziano Da Silva, s’est exprimé sur l’avenir de l’alimentation devant la commission du Parlement européen. Face à une augmentation de la population jusqu’à plus de 9 milliards de personnes en 2050, la production alimentaire mondiale devrait passer de 8,4 milliards de tonne par an à 13,5 milliards d’ici 35 ans. 

Cette augmentation s’accompagne naturellement d’une compétition pour les terres agricoles, ainsi que pour les ressources en eau et en énergie. Quelle vision commune adopter pour conjuguer les dimensions sociales et écologiques, face à la menace du changement climatique ?

LES SYSTÈMES AGRICOLES DE PRODUCTION INTENSIVE, UNE ÉPÉE À DOUBLE TRANCHANT :

Depuis les années 1960, la production mondiale de céréales a triplé. Nous produisons assez pour nourrir l’intégralité de la population, grâce aux systèmes d’élevages et de culture intensifs. Pourtant, la situation alimentaire mondiale est loin d’être optimale. 

La sécurité alimentaire dépend en effet de l’accès aux ressources : un tiers de la nourriture est gaspillée, et la hausse du prix des denrées alimentaires restreint leur accès aux populations pauvres, particulièrement dans les pays dépendant des importations. Paradoxalement, l’évolution des régimes alimentaires a conduit à l’apparition d’un problème de santé publique majeur ; l’obésité. Près de la moitié de la population adulte de l’Union Européenne est estimée en surpoids. (FAO, 2017).

Outre les inégalités dans la distribution des denrées, le modèle actuel de production a également un coût environnemental considérable ; il est à l’origine de la déforestation et de la dégradation d’un tiers des terres arables, de l’épuisement des ressources en eau, et représente près de 30 pour cent des émissions de gaz à effet de serre.

Ainsi, augmenter la production agricole par une intensification des cultures et une extension des terres agricoles n’est pas une solution durable, considérant les répercussions sur les écosystèmes et la situation inégale des agriculteurs face aux ressources. Il faut transformer nos systèmes agricoles et alimentaires actuels pour s’inscrire dans une vision plus durable. C’est l’objet du « Programme de développement durable à l’horizon 2030 » et de l’accord de Paris sur le climat.

LA NÉCESSITÉ D’UN NOUVEAU MODÈLE DE PRODUCTION BASÉ SUR L’ÉCOSYSTÈME

 « Nous devons passer de systèmes de productions à forte utilisation d'intrants, à des systèmes de productions à forte utilisation de connaissances.» José Graziano Da Silva, 30 mai 2017.

Face à des ressources plus rares, à une forte croissance démographique et à un bouleversement technologique lié à la mondialisation, les anciens modèles d’innovation ne correspondent pas à une vision durable de l’agriculture. En France, plusieurs équipes de recherche se sont penchées sur la manière de construire un nouveau système agricole responsable : l’INRA, (Institut National de la Recherche Agronomique), le CIRAD (Centre de recherche agronomique pour le développement), ainsi que l’Académie des sciences.

Adopter un système de production durable, c’est miser sur les ressources disponibles, avoir un usage efficace des intrants, respecter l’écosystème local. Le défi de cette nouvelle agriculture, c’est de continuer à innover mais de manière adaptée aux petits exploitants. En effet, c’est en augmentant les rendements agricoles des terres les moins productives de manière éco-raisonnée que l’on peut faire face aux nouvelles contraintes écologiques.

« Produire plus avec moins », c’est le principe de l’agriculture ingénieuse, le jugaad en Hindi. La FAO propose aux petits exploitants un modèle d’agriculture suivant ce principe (L'avenir de l'alimentation et de l'agriculture : Tendances et défis.). Ce modèle repose sur des innovations frugales mais également sur le retour à d’anciennes techniques, adaptées aux enjeux actuels, telles que la culture sans labour et le paillage qui permettent de conserver l’humidité, ou encore la mise au point de systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte pour de nombreux types de cultures.

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AGIR PAR L’INFORMATION ET LA DÉMOCRATISATION D’UNE VISION DURABLE

Le nouveau modèle d’agriculture durable doit prendre en compte les dimensions sociales, économiques et environnementales. Transformer nos systèmes de production, c’est également transformer à grande échelle notre système de pensée. Dans une société consciente, où les prises de décision prennent en compte les enjeux environnementaux, la transition vers une agriculture éco-responsable peut sembler acquise.

Le récent retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, alors même que ceux-ci sont le 2ème émetteur mondial de gaz à effet de serre, est un rappel cinglant de l’existence du climato-scepticisme face au danger du changement climatique.
Œuvrer pour l’évolution du modèle agricole passe donc aussi par l’information et l’éducation des populations. Le projet de l’association Harveez s’inscrit dans cette démarche de démocratisation de la pensée jugaad, tout en apportant à ses partenaires de nouveaux éléments permettant la transition vers des méthodes agricoles durables.

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